Cap d’Antibes Beach Hotel : la vie en rose sous le soleil
Fraîchement rénové, le Cap d’Antibes Beach Hotel fait renaître le romantisme des vacances au soleil sans se brûler les ailes.
Le rose, dans toute sa palette chromatique, semble être la couleur qui donne le ton à en juger par l’explosion débridée de ses nuances au gré des époques et des cultures. Tantôt chasse gardée des souverains de l’Antiquité, puis étendard des machos du XVIIIe siècle, il migre vers les toilettes des dames au milieu du XXe avant de devenir, un demi-siècle plus tard, l’emblème des penseurs anticonformistes. Rien de tout ça, ou alors juste un cocktail, au Cap d’Antibes Beach Hotel, où le rose s’invite en fil rouge sur les murs, le textile, les parasols et les pédalos. Une tonalité délicate, qui évoque le rosé pétillant et les couchers de soleil emplis de poésie. Une couleur emblématique d’Antibes, aux dires d’un sexagénaire au teint hâlé qui s’en souvient comme d’un leitmotiv local à l’époque où, enfant, il jouait dans les vagues. Rien à voir avec Barbie toutefois, un nom qui n’a pas droit de cité. Aujourd’hui, en 2024, le rose apporte une touche de frivolité qui contraste avec la sobriété des lignes géométriques de l’hôtel. À l’image des plantes du jardin exotique redessiné par Arnaud Casaus, qui prolifèrent gaiement sur le béton et le crépi. Un mélange de rigueur et d’insouciance, une description qui colle parfaitement à ce bastion du bien-être. Le portrait craché du Beach Hotel : un de ces lieux qui, même en photo, titille les narines d’un parfum de crème solaire et de beignets, un havre de paix et d’élégance où l’on perd la notion du temps sans tomber dans les clichés de vacances clinquants.
Le charme nostalgique des lieux ne laisse personne insensible. Bernard Dubois lui-même y a succombé. Le groupe Adresses Hotels, propriétaire de cet hôtel emblématique, ainsi que de La Ponche à Saint-Tropez et de l’Hôtel des Académies et des Arts à Paris, lui a confié sa rénovation. L’architecte belge a complètement déshabillé le bâtiment existant pour revenir à sa structure initiale, faisant émerger une construction géométrique minimaliste. Les matériaux et les lignes jouent à cache-cache avec le soleil, faisant naître un jeu d’ombres et de lumières dans les couloirs dépouillés et le lobby. Les lignes élégantes et les courbes douces rappellent l’esthétique Palm Springs, où les sols en pierres cassées (casson) et le crépi omniprésent s’inspirent des villas méditerranéennes. Des plafonds en bois sombre, des vitraux, une bonne dose de chrome et du mobilier sur mesure élégant complètent le tableau. "Brut et charmant." Fonctionnel et enchanteur : les bureaux épurés en acajou et les banquettes et chaises longues sont une invitation à déployer un journal pour le parcourir avec une délicieuse lenteur, à couvrir des cartes postales d’une écriture fébrile ou à s’adonner à l’aquarelle. Car l’inspiration est présente en abondance : l’intérieur, aussi expressif soit-il, se fond facilement dans le décor environnant. La route qui longe la presqu’île d’Antibes est sans doute l’une des plus belles de la Riviera française. Elle serpente à travers des criques désertes et des pinèdes en direction du Cap d’Antibes, où l’hôtel jaillit entre les ports Gallice et du Crouton. L’ensemble de la construction s’ouvre sur les eaux scintillantes de la Méditerranée, entre piscine à débordement et plage dans le plus pur style Wes Anderson. On meurt d’envie de plonger dans ce décor étincelant.
S’il y a du glamour dans l’air, ce n’est pas le fruit du hasard, car les modestes cabanons des pêcheurs d’autrefois ont cédé la place, dans les années 1940, au restaurant Les Pêcheurs, flanqué d’une boîte de nuit. Plage familiale le jour et attraction la nuit où Brigitte Bardot, Johnny Hallyday et Eddy Barclay passaient des soirées endiablées. Le restaurant existe toujours et est désormais auréolé d’une étoile au Michelin. Sous l’égide du chef Nicolas Rondelli, sa carte fait la part belle au meilleur de la mer dans un cadre qui évoque l’intérieur d’un bateau chic. Aux manettes du restaurant de plage BABA, l’étoile montante Assaf Granit concocte une cuisine méditerranéenne haute en couleur. Et pour une folle envie de daiquiri avant 11 h du matin, on met le cap sur le bar de plage. Le tout à l’ombre d’un parasol rose évidemment ! Après une telle matinée, on a juste envie de flâner un peu. Direction le jardin luxuriant où l’on se fraye un passage entre les palmiers sauvages et les fleurs multicolores, avant de déboucher sur les deux cabanes à l’allure romantique qui abritent un spa en pleine nature. Yoga, Pilates, kids club créatif, vélos électriques, pédalos et scooters sont mis à la disposition des hôtes des 35 chambres grand luxe. Ou plutôt 36 si l’on compte la (mini) suite la plus surprenante que constitue le bocal posé sur le comptoir du lobby. Beni Mousse, son résident permanent sacré icône locale, fait régulièrement voler en éclats son décor miniature avec sa queue de voile de Chine. "Notre hôte le plus remuant", confie, non sans une certaine satisfaction, une voix derrière le comptoir au carrelage géométrique. De nouveau ce contraste entre rigueur et insouciance teintée d’humour. Aucun doute possible : le feu vert est donné pour vivre l’expérience Riviera sans l’étiquette. Vive les vacances !