Art & Culture

Catherine François : la sculptrice belge qui a fait de Knokke son terrain de jeu

L’image de sa sculpture Tomorrow Man résistant tant bien que mal aux assauts de la mer sur l’un des brise-lames de Knokke est devenu tout un symbole. Mais aussi et surtout l’expression du talent de cette artiste au service de la nature.
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Alfred Verwée fut sans doute le premier artiste à se rendre à Knokke afin de nourrir son inspiration. Nous étions alors à la fin du 19e siècle. Ensuite, pléthore de créateurs vinrent se ressourcer du côté du Zoute. René Magritte, Niki de Saint Phalle et Keith Haring comme chefs de file. Sans oublier que les multiples expositions au Casino de Knokke réunirent des artistes aussi prestigieux que Picasso, Matisse, Dali, Chagall ou Miro.

Aujourd’hui, s’il est une artiste dont l’œuvre est fortement influencée par Knokke, c’est bien Catherine François. Pour s’en convaincre, il suffit de découvrir la couverture du superbe livre qui illustre tout son travail au cours des trois dernières décennies.

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© D.R.

Aux origines

Catherine François est née en Belgique dans les années 60. Après son cursus universitaire tout en classicisme, elle s’est tournée vers les Beaux-Arts. La formation très complète qu’elle a acquise au travers de cours de dessin et de peinture ainsi que le travail rigoureux du nu lui ont permis de maîtriser la structuration de ses œuvres à venir. C’est en 1996 qu’elle s’oriente définitivement vers la sculpture. Elle expose alors à Bruxelles, Knokke, Paris et Genève. Les meilleures galeries la mettent en avant : Galerie La Forest Divonne, Boon Gallery, Zedes Art Gallery, Galerie Maruani Mercier, Galerie Berko… En 2007, le Musée Alice et David van Buuren lui offre, à l’initiative d’Isabelle Anspach, sa première exposition rétrospective. Une invitation qui sera renouvelée en 2012. Jusqu’en 2007, le huit de l’infini définit ses sculptures. Ensuite, les trous, qui ne sont que des vides apparents et qui se transforment en cercles, se sont imposés. En 2016, une nouvelle page s’amorce. Catherine François se promène alors sur une plage en baie de Somme. En cette journée ensoleillée, dont elle se souvient avec précision, différentes "mises en scène" de la nature la touchent en plein cœur et lui adressent un message. "Tous ces déchets sont des appels à l’aide de la nature et de la mer pour qu’on les sauve…" Depuis ce jour, elle ramasse frénétiquement tous les détritus non organiques qu’elle trouve sur les plages et les transforme en éléments artistiques qui font partie intégrante de ses œuvres. Inspirées par la nature, les créations de Catherine François tendent vers l’abstraction, tout en restant fortes, organiques, familières et sensuelles. Son œuvre reflète le chaos croissant qui s’empare du monde, nourrissant son inquiétude et la nôtre. Elle cherche à souligner par l’art l’urgence de respecter la nature, dont dépend la survie de l’homme. "C’est la nature qui est la grande créatrice. Elle fait tout. Je ne suis que son instrument", explique celle que la mer inspire depuis l’enfance.

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© D.R.

Observer le travail des vagues

Mais il n’y a pas que les plages de la baie de Somme qui ont inspiré Catherine François. Il y a aussi et surtout celles de Knokke. En réalité, entre elle et le Zoute, c’est une longue histoire d’amour dont les prémices remontent à la tendre enfance. Que de souvenirs dans la villa familiale au doux nom de Picolette. C’est d’ailleurs dans ce bijou d’architecture zoutoise (dû à Wit Van der Hoop) qu’elle s’est mariée. Que de fêtes au Twenty-seven, à la Barq à Jac, aux Cinq Anneaux ! Que de vernissages dans ces galeries du Zoute où se côtoient les plus grands collectionneurs et les plus médiocres "M’as-tu-vu" ! Knokke n’est-elle pas la parfaite synthèse entre la culture et la nature ? Catherine François est tellement marquée par le plat pays qu’elle a fini par y acheter une maison dans le village d’Oosthoek en 2016. Cette demeure qu’elle a rénovée avec passion abrite plusieurs de ses créations. Elle est le point de départ de ses nombreuses balades à vélo qui l’amènent notamment au Zwin. "Comme vous le savez, nous confie-t-elle, la nature est la base de mon art. Or, c’est à Knokke que je suis le plus en osmose avec la nature. C’est là que j’observe le travail des vagues. Je regarde comment bougent les eaux. Et c’est hors saison que ma sensibilité est exacerbée. Les contrastes de couleurs peuvent être incroyables à la mer du Nord. Je me suis d’ailleurs installée à Knokke pendant le confinement. Cette période a boosté ma créativité." Mais il est difficile de parler de Knokke avec Catherine François sans évoquer Tomorrow Man. "Ma sculpture Tomorrow Man sur le brise-lame est la quintessence de mes inspirations zoutoises. En fait, c’est plus que de la sculpture, c’est aussi de la photo, de la vidéo... Il y a tout un récit qui se renouvelle sans cesse autour de cette œuvre tellement symbolique du rapport entre l’homme et la nature."

"C'est à Knokke que je suis le plus en osmose avec la nature."

Dérision, humour et poésie

Le livre dédié à Catherine François par les éditions Prisme a été préfacé par Guy Duplat et rédigé par Stève Polus. Il illustre parfaitement le foisonnant parcours de l’artiste. Une autre occasion de découvrir notre créatrice polymorphe sera offerte en février 2022 lorsque la Galerie La Forest Divonne exposera une série de têtes en bronze et en terre. Certaines seront aussi composées de matériaux ramassés le long des côtes ou ailleurs sur la planète. Paradoxalement, ces déchets sont précieux car ils suscitent une autre forme de créativité. En tout cas, cette série de têtes dénonce la singularité de l’homme avec dérision, humour et poésie. Tout à l’image de Catherine François.

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