Hommes

Glints : la dualité enflammée d’un artiste en quête d’équilibre

But when in Rome, I might just trample all the things that I have grown…  "Les paroles de Roma me tiennent à cœur parce qu'elles me ressemblent beaucoup. D'une part, je suis hyper organisé. C’est presque compulsif : je fais des to-do lists, je divise ma journée en tranches horaires, je planifie tout. Mais cette facette contraste avec un autre aspect de ma personnalité, un côté qui doit ressortir de temps en temps, incarné par l'homme qui s’exprime sur scène. C'est à ça que fait référence le refrain When in Rome : je marche dans le rang, je suis le mouvement, jusqu’à ce que tout déraille. Cette lutte intérieure permanente fait des étincelles."

© KEMIZZ
© KEMIZZ

Connu à l'état civil sous le nom de Jan Lemmens, Glints n’a pas usurpé son blase. Quand il n’est pas sur le devant de la scène, il est en train d'échafauder de grands projets musicaux en bonne compagnie. Quand on l’entend, c'est invariablement avec un accent british, des cuivres et des cloches, et parfois même accompagné d'un orchestre symphonique et d'un chœur de 100 voix. Glints fait donc des étincelles, comme celles qui ont constellé cet été le ciel de Rock Werchter, lorsqu'il a fait monter sur scène l'iconique chanteur DAAN pour redonner tout son éclat au légendaire Housewife, devenu pour l’occasion (Not A) Housewife. À la surprise du duo, le public s'est déchaîné. "On a senti l'énergie monter, et monter encore... jusqu'à atteindre des proportions qu’on n’avait pas anticipées." Entre-temps, la chanson, au départ juste un coup d’éclat ponctuel, est sortie officiellement en single. Une aubaine pour le rappeur-chanteur-compositeur, qui a déjà atteint des sommets cet été avec son deuxième album "The Dark". Ceux qui n'ont jamais vu ou entendu l'homme à la moustache dans ses œuvres risquent d’être surpris. Son look oscille entre le gladiateur romain et le Nineties Dad en vacances, vêtu d’un survêt Kill Bill orné de chiens brodés. Sa musique ressemble tantôt à du rap UK, tantôt à de l'opéra. C'est précisément là que réside son originalité : dans un mélange d'influences rap, pop, électro et opéra. Et ça fait mouche. "Selon moi, la scène musicale belge a longtemps été dominée par une poignée d'artistes de premier plan, comme Oscar and the Wolf, Balthazar ou Warhaus. Les autres ont grandi dans leur ombre, décrochant çà et là un créneau horaire en festival, mais ils se sont longtemps heurtés à un plafond invisible. J'ai l'impression que celui-ci s'est récemment fissuré pour beaucoup d'artistes, dont je fais partie."

Choriste

Il le dit avec modestie, car Glints construit son succès depuis une dizaine d'années. Outre son propre travail, il met en lumière d'autres musiques avec le collectif Abattoir Anvers. Avec son "partner in crime" Faisal, il invite chaque semaine des artistes sur StuBru, de Zwangere Guy à 50 Cent. Et quand sa bête de scène intérieure ne rugit pas, il prend la plume pour Sylvie Kreusch ou Warhaus. En 2020, il lance son premier album, "Choirboy", trois jours avant le début du lockdown. Un faux départ, mais peu importe : Rome ne s'est pas faite en un jour. Quatre ans plus tard, il a rattrapé son retard. "J'ai l'impression que tout ce qui aurait dû arriver à l'époque se réalise aujourd'hui. Je suis heureux d’en être arrivé là. D'aussi loin que je me souvienne, la musique a toujours été mon truc. En troisième année primaire, je me suis retrouvé via via dans le chœur d'enfants d'un opéra. J'y ai chanté jusqu'à ce que je sois renvoyé de ma deuxième école secondaire – ça ne me convient pas toujours de marcher dans le rang. Pourtant, j'ai adoré, ces années m'ont façonné. Cette expérience m'a incité à me mettre moi-même à la musique. Enfant, je déambulais au milieu d'un orchestre symphonique plein de cordes et de cors, en passant tout près de la grosse caisse: j'essaie de retrouver ce kick dans mes propres disques. Je pars souvent consciemment d'une harmonie chorale. Il suffit d’écouter Roma, qui tient vraiment de l’opéra, avec des cuivres tout du long et une centaine de voix en arrière-plan. J'ai gardé un côté théâtral: je considère chaque disque comme un univers unique, que j'aime décorer de façon un peu baroque, un peu “over the top”. Un disque doit être narratif, j'essaie donc de travailler de manière cohérente sur chaque album. Choirboy était en fait un album de rupture, tandis que The Dark est davantage une exploration de mes limites en tant qu’auteur. J'adore écrire et je me suis mis en tête de donner vie à une histoire courte sous différentes perspectives. Les films, les séries et les livres sont une source d'inspiration. Les deux shows prévus dans les mois à venir sont élaborés autour de thèmes tels que Gladiator et Terminator..." 

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Glintsland 

La musique, mais aussi les concerts, l’artwork, les tenues, les vidéos, le merchandising : tout doit être parfait. "Le public doit avoir l'impression d'entrer dans Glintsland !" Comment parvient-il à tout orchestrer ? Avec l'aide d'un groupe fidèle de créatifs qui, comme lui, n'ont pas perdu leur esprit enfantin en route vers le sommet. Mention spéciale à son amie Jasmien Van Loo, la styliste qui conçoit également les tenues de scène délirantes de musiciens comme Max Colombie, Merol, Sylvie Kreusch et Pommelien Thijs. "Pour chaque nouveau projet, on réfléchit ensemble à l'image qu’on veut donner. Elle me dessine alors à chaque fois un survêtement, toujours dans une couleur symbolique, orné de broderies ou de patchs qui font référence à l'artwork du disque. C'est un très grand privilège de pouvoir mener ce genre de collab’ aussi loin." La voix de Glints n'est d'ailleurs pas la seule à résonner sur ses disques. Sur "The Dark", il partage le micro avec Romeo Elvis, Daan, Jan Paternoster et Blu Samu. "J’aime rassembler différentes énergies et voir ce qui se passe, ça m’inspire. J'ai moi-même beaucoup d'idées, mais elles ne prennent tout leur sens que lorsque je peux en discuter avec d'autres. Ce n'est pas que je n'aie pas confiance en moi: lorsque j’ai sorti Roma, avec son côté choral et ses influences symphoniques, tout le monde a trouvé ça bizarre. Mais j'ai persévéré, ce qui prouve que je peux faire confiance à mon intuition. Pourtant, être créatif, c'est aussi s'ouvrir aux influences extérieures. Cet été, j'ai plus que jamais mesuré la chance que j'ai d'avoir un entourage sur lequel que je peux compter. Parfois, nous étions vingt en backstage, comme une grande famille qui parvient toujours à créer quelque chose de beau avec beaucoup d'amour. Je suis un bricoleur, j’aime le DIY, rien à faire..."

Une belle histoire qui, s'il ne tenait qu'à Glints et sa team, pourrait durer longtemps – aussi longtemps que les voyelles de Roma Romaaaa. Les prochains concerts "Return To De Roma" (Borgerhout) et "AB Back" (Bruxelles) affichent presque complet, les prémices d'un nouvel album s’annoncent déjà et les sirènes de l’international se font entendre au loin. Comment ça sonnera et à quoi ça ressemblera, c’est une autre histoire. Stick with it. Get my ducks in a row - build it. Brick by brick. Get the show on the road don't quit

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