Rori : on a parlé musique et santé mentale avec le nouveau phénomène de la pop belge
Directrice artistique et styliste : Loudmilla
Photographe : Julia Dubois Rosca
Make up & Hair : Emma Catry
Pourquoi le nom de scène Rori ?
Déjà, parce que mon vrai prénom (Camille, ndlr.) était déjà pris. En Flandre, il y a une Camille, et en France aussi. Comme beaucoup de gens, je n’aime pas mon prénom. J’ai pris Rori parce je kiffe ce prénom depuis toujours, j’étais une grande fan de la série « Gilmore Girls ».
On peut dire que c’est ton alter ego ?
Oui, je suis moins timide avec Rori. Dans la vraie vie, je suis très réservée. Comme je le dis dans ma chanson (« Docteur », ndlr.), je reste chez moi. Je suis beaucoup sur l’ordinateur, je joue à des jeux, je regarde des séries… j’aime bien être dans mon petit cocon. Avec mon projet, ça me permet de sortir, mais il y a finalement beaucoup de moi dans Rori puisque les chansons ne parlent que de mon expérience.
Sur Instagram, tu te qualifies d’« artiste dyslexique en route vers la gloire »…
Cette phrase m’est venue comme ça. Je trouvais ça drôle et je me suis dit, voilà, ça résume qui je suis. C’est du second degré. Je suis dyslexique et je préfère en rire. Et puis c’est une bonne excuse pour faire des fautes d’orthographe.
Où puises-tu l’inspiration ?
Les textes viennent de mon expérience même si je pense qu’à l’avenir je vais aussi exploiter des histoires fictionnelles comme le fait Stromae. Je faisais beaucoup ça avant dans mon groupe Beffroi. Je m'inspire de séries ou de films. Mais là, j’ai voulu commencer le projet en me présentant. Après, en termes de musique, j’ai grandi dans l’univers musical américain ou anglais. Ce qui me plait beaucoup c’est d’amener quelque chose de cet univers dans la production et le songwriting et de le twister avec le français. C’était risqué, mais au final je suis très contente.
Certains te comparent déjà à Olivia Rodigo, esthétiquement et musicalement. Qu’en penses-tu ?
Ça ne me dérange pas du tout, c’est une artiste juste dingue, son album est trop bien, bien écrit et les productions sont magnifiques. Je me dis que c’est normal qu’on se ressemble dans l’esthétique et dans les sons, parce qu’on a les mêmes influences. Quand j’étais petite, j’ai beaucoup écouté de vieux groupes comme Nirvana, Courtney Love, Arctic Monkeys. J’ai repris les codes de cet univers pop rock. C’est aussi ce qu’elle a fait, mais j’essaye de moderniser ça sur les visuels. J’ai pris le temps, j’ai fait de la 3D etc.
Quand tu chantes, quel est ton message ?
Ce que je cherche vraiment à dire, c’est qu’on a tous des problèmes, on est tous différents, mais c’est la vie. J’entends beaucoup de négativité sur la société dans laquelle on vit, et je suis d’accord, beaucoup de choses ne vont pas, mais il y a aussi beaucoup de choses positives et je pense qu’on a de la chance au final. Je parle de mes problèmes, mais je ne veux pas en faire un absolu.
Peux-tu nous parler de ton premier EP.
Il arrive bientôt. C’est vraiment un EP où je me présente en chansons. La première « Docteur », où je parle de mon côté casanier et du fait que j’aime être seule chez moi. J’explique aussi que j’ai grandi avec beaucoup d’anxiété, de problème de dépression. J’en parle ouvertement pour montrer qu’on peut s’en sortir même si c’est dur. En français, mes chansons atteignent les gens directement. Avant je me cachais, maintenant je dis tout et ça fait du bien.
La santé mentale, c’est un sujet dont l’industrie musicale s’empare de plus en plus… à l’image de Stromae dernièrement…
Oui complètement. Moi, j’ai été diagnostiquée à 13 ans et encore aujourd’hui j’ai un suivi. Au début, la musique m’a aidée à me sentir mieux et avoir des moments où mon esprit était au calme. Cependant, je n’ai pas envie que ma vie se limite à ça. J’en parle dans mes chansons. Oui, j’ai ce problème-là, mais il y a beaucoup d’autres choses aussi. Au début, j’étais en colère contre le monde entier. Maintenant, je me suis apaisée et ça m’a aidée à faire cet EP.
À ce propos, que penses-tu de la série "Euphoria", qui traite de ce sujet ?
Le premier épisode de la saison 1 m’a énormément troublé. Les mots et les phrases que disait Zendaya, ce sont des mêmes phrases que je me suis dites. Donc c’était très fort. Mais après, c’est une série, c’est scénarisé. Ça manque un peu de nuance même si ça reste une très bonne série, surtout en termes d’images, de colorimétrie, de make-up… Aussi, l’intrigue se passe aux USA, et là-bas, quand tu es diagnostiquée dépressive, ils te donnent directement des anxiolytiques et cela provoque de la dépendance. Tandis qu’en Belgique, quand on a un traitement de longue durée, on ne prescrit pas de Xanax ou des choses comme ça. On ne peut pas comparer comment la maladie est traitée là-bas et ici.
Le moment de pop culture qui t’a le plus marqué ?
Il y en a plein! Déjà la série « The Office » avec Michael Scott. Quand je le vois, je me dis « adopte-moi ! ». Et sinon, je suis très animation japonaise. J’ai grandi avec Naruto, Tokyo Ghoul, Attaque des Titans. Il y a aussi les jeux vidéo. C’est difficile de se focaliser sur une seule chose. C’est pour ça que je ne sors pas beaucoup de chez moi.
La chanson dont tu es le plus fière ?
« Docteur ». Je suis vraiment fière de celle-là parce qu’elle représente beaucoup de travail. Et je sens qu’il y a eu une évolution dans la création, dans la façon dont tout s’est fait. Je sens que j’ai pris plus de l’assurance. je me suis sentie hyper bien pour l’enregistrer et la performer.
Les combats qui te tiennent à cœur ?
Mon combat, c’est juste de dire aux gens que si on y croit on peut y arriver. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas seul à traverser des mauvaises passes. C’est hyper important de le dire. A l’heure des réseaux sociaux, on a tendance à croire que les autres ont une plus belle vie que soi. Or ce n’est pas vrai. Quand ça ne va pas, il faut se battre et ne jamais abandonner. C’est ce que je fais tous les jours contre la maladie. C’est pour montrer ça que je fais de la musique. C’est ma manière d’agir.