"Nosferatu" de Robert Eggers réinvente (magnifiquement) le genre vampirique
Somptueux, glaçant et inoubliable, "Nosferatu" est une œuvre qui transcende le simple film d’horreur. Robert Eggers confirme son statut de visionnaire du cinéma, et Lily-Rose Depp s’impose comme une actrice à suivre absolument.
Difficile d’imaginer un projet plus audacieux que Nosferatu, la nouvelle interprétation par Robert Eggers de l’éternelle légende vampirique. En revisitant ce mythe avec une ferveur presque religieuse, Eggers offre une œuvre gothique magnifiquement sombre, un conte hanté sur l’obsession, l’amour impossible et les abîmes de la monstruosité humaine.
Une obsession mortelle : le cœur battant du film
Dans cette version, l’histoire tourne autour de l’obsession destructrice entre Nosferatu, un vampire terrifiant et mystérieux incarné par Bill Skarsgård, et une jeune femme tourmentée campée par Lily-Rose Depp. Le lien entre les deux personnages dépasse la simple romance : il s’agit d’une relation viscérale qui entraine des horreurs indicibles. La performance de Depp est extraordinaire, marquant un tournant décisif dans sa carrière. Fragile et hypnotisante, elle livre une prestation à la fois terrifiante et émouvante, un contraste frappant avec son rôle hypersexualisé dans la série The Idol, dont le tournage avait lieu au même moment. Ici, elle est l’âme torturée qui donne son souffle à ce récit de nuit perpétuelle.
Un casting cinq étoiles et une direction magistrale
Aux côtés de Depp et Skarsgård, le casting impressionne par sa richesse : Aaron Taylor-Johnson, Nicholas Hoult, Emma Corrin et Willem Dafoe apportent chacun une profondeur singulière à leurs rôles. Dafoe, en particulier, offre une présence presque mythologique, rappelant le Nosferatu originel de Murnau tout en insufflant une modernité glaçante.
Une cinématographie qui hante
La magie d’Eggers réside autant dans sa direction d’acteurs que dans sa maîtrise visuelle. Dans Nosferatu, il plonge le spectateur dans un univers macabre et étrangement magnifique. Les plans froids, ciselés comme des gravures, baignent dans une obscurité quasi totale, renforçant l’idée d’un cauchemar éveillé. Cette atmosphère de conte de Noël d’horreur est soutenue par une palette glacée et des références subtiles à des classiques du genre, comme L’Exorciste. Les scènes où Lily-Rose Depp est en lévitation, possédée par la voix rauque de Nosferatu, sont parmi les moments les plus glaçants et inoubliables.
Entre hommage et réinvention : un souffle nouveau pour les vampires
En rendant hommage à Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog avec Isabelle Adjani (1979), Eggers revisite les thèmes intemporels du mythe tout en offrant une lecture plus brute et viscérale. En rejetant les clichés de la romance surnaturelle, il réintroduit le caractère horrifique et sauvage du genre vampirique. Fidèle à ses racines et résolument moderne, ce film pourrait bien être le catalyseur d’une nouvelle vague vampirique, à la fois terrifiante et fascinante.
Nosferatu, un film de Robert Eggers avec Lily-Rose Depp, Bill Skarsgård, Aaron Taylor-Johnson, Nicholas Hoult, Emma Corrin et Willem Dafoe. Le 25 décembre au cinéma.