Benjamin Vndredi : et l’amour, le reste de la semaine aussi
Benjamin Vndredi produit des rappeurs belges depuis dix ans. Il sort pour l’été son premier EP, "Avant l’Amour", morceaux introspectifs d’un triptyque sentimental, organique.
Sous le nom Dee Eye, ce compositeur-interprète autodidacte - quoiqu’il a appris le piano - a collaboré avec Roméo Elvis, PLK, Tonino, Absolem, liste non exhaustive, mais carrière productive. Le rap n’était pas forcément sa vocation première, mais la vie l’a placé là, par enchaînement d'opportunités. "C’est un univers musical avec ses codes et il est arrivé, lorsque j'essayais de pousser des artistes à explorer des compositions plus mélodiques par exemple, que je rencontre des réticences. C’était souvent frustrant." Proposant des idées de chœurs lors d'enregistrements studio, il les avait parfois réalisés lui-même. "C’est là que j’ai eu les premiers retours positifs sur ma voix, ça m’a valorisé et encouragé dans une nouvelle direction. Ne pas réussir à obtenir plus des autres m’a amené à explorer une autre dimension de mon travail. Ça a été libérateur."
Benjamin a commencé à composer différemment, d’une manière plus personnelle, il s'est retrouvé, a reconnecté avec le plaisir de la musique. "J’ai redécouvert que ce métier est d’abord une passion. Le processus de remise en question qui s’en est suivi, par un effet de recentrage, a bénéficié à d’autres artistes." Il a sorti ses premiers titres sous son nom, le 19 mai. Un vendredi.
"Passer de l’ombre au micro, c’est un exercice." Il s’est mis à la caméra dans le même élan, avec le tournage d’un clip. Son sujet de narration est le plus universel, le plus inusable, le plus efficace du monde : l’amour. En trois temps, ce n’est pas une valse, c’est de la pop. Le jeune homme - il a 28 ans - a fondé son récit sur l’implacable tri-temps du sentiment amoureux (Avant, Pendant et Après), miroir intime d'une période de sa vie. "Ce personnage, même si c'est moi, s'est construit organiquement, il a évolué pendant presque trois ans. J’ai recréé une chronologie, pas forcément narrative, mais introspective." Mais comme dans les chansons, l'histoire, pour être sincère, a quand même été romancée. L'amour dont il parle, c'est celui qui se construit avec la relation, et il chante son point de vue analytique. "Qu'est-ce que ça veut dire, aimer quelqu'un ? Ces morceaux existent par une démarche philosophique. Je réfléchis, je pense beaucoup, j'intellectualise. Même si paradoxalement ma démarche est liée à l’émotion, j’ai besoin de structurer et de cadrer." De faire passer un message, aussi. Qu’il est plus facile d’harmoniser que de verbaliser. "Les choses ne se passent pas toujours comme on nous l'avait annoncé. J'ai grandi avec la télé et les clichés de l’amour dans les séries. Je m'attendais à un certain déroulement pré-écrit. Mais un “je t'aime” dans une fiction, ce n'est pas le même “je t'aime” dans la réalité. Il ne porte pas les mêmes enjeux." Dans ses compositions, il décompose le ressenti, "la dualité entre vivre quelque chose de personnel et penser qu'on doit se conformer à une norme. Or, ce qui rend chaque relation unique, c'est aussi ce qui la rend plus saine." Une sagesse à décanter, avant, pendant et après l’EP.